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jeudi 27 août 2009

Miles Davis 8-bit

Projet étrange d'un oeil extérieur mais tout à fait prévisible du point de vue de la communauté chiptune, Kind of Bloop se présente comme une compilation d'adaptations de Kind of Blue de Miles Davis en sons de Nintendo, de Commodore 64, etc. Des covers incongrus, ce n'est pas ça qui manque dans la vie et les croisements entre la musique de jeux vidéo et les autres genres de musique sont nombreux, mais on trouve dans Kind of Bloop une petite originalité signifiante: alors que la plupart des adaptations chiptune se concentrent à reproduire sommairement la section rythmique et en mettant de l'avant la ligne mélodique, on retrouve ici une tentative de rendre quelque chose de la texture du mariage des timbres originaux des instruments en surchargeant les pièces de couches d'effets hachurés et de lignes d'arpèges discrètes. Étrangement, le jazz semble encore fasciner jusqu'aux musiciens 8-bit, ce qui les pousse dans une autre direction qui est propre à ce genre. Ainsi, alors que Kind of Blue consacre une époque de jazz cool et lucide, la surcharge de sons provoque ici paradoxalement un effet de jazz fusion, une désorientation et un déphasage mélodique à travers la démultiplication de petites instrumentations concurrentes et à la limite du dissonant.

Vous pouvez downloader Kinf of Bloop pour 5$ juste ici. Pour l'original de Kind of Blue, débrouillez-vous, je suis pas votre prof d'Internet.

mardi 18 août 2009

Esperluette for&ver!



Y a-t-il des amateurs de l'esperluette dans la salle? Moi je suis un fan fini, c'est le signe que j'aime le plus dessiner quand je m'ennuie dans une conférence ou une réunion, je pourrais en remplir des pages.

Pour les inconditionnels, il existe un blog dédié à la recherche de ses manifestations publiques, d'un graffiti sur une porte de garage à une pochette de Siouxsie and the Banshees et des dizaines d'affiches de commerce.

L'esperluette aurait été inventé par Tiron, le secrétaire de Cicéron et une des figures les plus négligées de l'histoire de l'écriture occidentale. Il aurait structuré le premier système consistant de sténographie contenant plus de 4000 signes, qui fut utilisée du premier au dix-huitième siècle et qui nous a laissé des classiques indémodables comme N.B., B.C., et l'esperluette, contraction graphique de "e" et "t". Le nom d'"esperluette" viendrait lui aussi d'une contraction de "et, per se, et", (ète-per se-ète), formule qu'on plaçait jusqu'au dix-neuvième siècle à la fin de l'alphabet récité pour rappeler deux conjonctions latines incontournables (per se + et). Le nom est resté.

L'esperluette est, malheureusement, peu usitée en français, condamnée dans la langue littéraire par les grammairiens qui n'en prescrivent l'usage que dans la langue commerciale et publicitaire. Comme quoi, la grammaire est tout le temps là pour nous gâcher notre fun.

&!

vendredi 14 août 2009

Les routines d'écrivains

Daily Routines est un site consacré à retracer les routines d'écrivains et d'artistes à partir d'entrevues, d'articles ou de témoignages. On apprend ainsi comment Sartre, Murakami, Kafka, Erik Satie et bien d'autres découpaient leurs journées. Ce qui est dommage, c'est que le site se concentre surtout sur les routiniers heavy, ceux qui se lèvent à 5 heures tous les matins pour écrire jusqu'à midi, ceux qui ont publiaient 50 textes par années. Ce parti pris fait en sorte de donner une vision simplifiée du travail de l'artiste.

Comme si tout ce qu'on écrivait était publiable;

comme si ce travail se faisait de la première à la dernière ligne sans retour, sans rature, sans l'admission que plusieurs mois de travail peuvent ne valoir pour rien si on s'est engagé dans une mauvaise direction;

comme si ce travail n'était fait que d'une seule posture, soit celle penchée sur sa feuille avec un crayon à la main.

En outre, il est franchement difficile de faire entrer la pratique artistique dans les catégorie du travail et du "loisir", sa contrepartie. Je connais des gens qui passent leur vie à écrire sans que la moindre ligne ne soit produite, c'est-à-dire publiée, rendue publique, alors que d'autres publient tout le temps des riens pendant que d'autres ne font strictement rien de leurs journées pendant des mois, des années pour sortir de nulle part le livre le plus merveilleux.

Mais cette histoire de routines me fascine tout de même parce que je ressens une peur sourde de l'entropie, j'ai la crainte de me retrouver un jour enfermé hors de l'exigence d'écrire assez fréquemment pour que je puisse continuer à inventer autre chose que les textes que j'ai déjà publiés. C'est peut-être ce qui fascine dans les routines d'écrivains: on tente par là de se rassurer sur la nature du travail créatif, alors que de l'intérieur, rien n'est jamais là où on l'a laissé. Le bureau est à l'envers, la productivité est cryptée, la valeur produite est évasive, je me demande ce que les gens me trouvent, je panique, je panique et à ce moment-là, si un journaliste entrait pour me poser des questions, je pense que je lui raconterais que je punche à 9h, que je prends ma pause de 12h à 12h30 et que je barre la porte du bureau à 15h. Ça ferait ma journée.

Lien vers les Daily Routines.

mardi 11 août 2009

1998 : une critique dialectique du film Spice World

À 18 ans, Nietzsche écrivait une dissertation brillante sur le fatum et l'histoire qui préfigurait toute son oeuvre. Moi à 21 ans j'avais vraisemblablement rien d'autre à faire que d'aller voir Spice World, le film et d'écrire une réflexion dialectique là-dessus... Voici le contenu d'un courrier que j'envoyais en février 1998, pratiquement sans correction.

Objet: Spice World et l'existentialisme

Je suis allé voir Spice World l'autre jour, pour rire.

C'est bon! Mais ça pose un problème. C'est un film décousu dont la plus grosse intrigue ne concerne pas les Spice Girls: deux hommes discutent de c'est quoi un bon film des Spice Girls pour le tourner bientôt. Donc le film a aucun sens À PART le fait que c'est avec les Spice Girls qui font n'importe quoi sur la trame de fond qui rappelle Help des Beatles. Donc, les Spice Girls se montrent vraiment dans ce qu'elles ont de plus profond comme problématique, à savoir "on peut faire n'importe quoi, on est les spice girls". Donc la seule unité du film c'est de voir les Spice Girls. Donc, le film est vraiment le fond de l'existence des Spice Girls: c'est un film con qui revendique sa connerie. Mais revendiquer d'être niaiseux c'est déjà ne plus être niaiseux, donc... que sont les Spice Girls, sinon un paradoxe qui nous mène directement à la question: puis-je mourir?

Parce qu'à chaque fois que le film pourrait nous montrer quelque choses d'impossible, (comme par exemple une idée très compliquée qui réunirait les parties du film entre elles), il y a les Spice Girls qui viennent boucher le trou. Et c'est pourquoi elles existent: la musique pop c'est là pour arrêter de penser à plein de choses et ne penser qu'aux Spice Girls comme présence absolue, du moment que les personnages peuvent faire n'importe quoi sans cause ni conséquence. Mais même les Spice Girls (Ginger Spice, Baby Spice, etc.) rient de la mort parce que ce ne sont que des personnages, elles ne mourront jamais pour cette raison; les filles derrière (Emma Bunton, etc.) ne font même pas partie du film.

etc.

C'est bon mais je n'aime plus personne dans le groupe.
-Mathieu
J'aime la mitraillette de "donc" au premier paragraphe et le "etc." qui éclaircit tout à la fin. Et je repense à ce pauvre Germain à Rimouski qui, comme d'habitude, a dû ne rien comprendre à ce message. Pour ceux qui se demanderaient où trouver la dialectique dans la confusion navrante de mon argumentation, elle se trouve dans le projet de trouver un terme qui réunirait les fragments de narration.