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jeudi 10 mars 2016

Mathieu K. Blais, Tabloïd


C’est le quotidien, et la violence de celui-ci, qui nous tient attachés à Tabloïd. Ce qui fait la particularité de cette comptine journalière est la force des images qui rentrent dedans, juste assez dosées pour nous faire réfléchir à cette répétition au creux de laquelle nous sommes tous pareils, mais pas exagérées au point de ne plus y croire. Tout l’univers de Mathieu K. Blais tient dans le matin, non par bonheur du moment, mais bien par nécessité. Et cette répétition du « chaque matin » au début de chaque poème nous rappelle avec justesse mais sans désenchantement ce leurre de liberté et de débauche qu’on associe aux poètes maudits qui, eux aussi, vident leur lave-vaisselle, comme un poids qu'on traîne, parce qu'il le faut bien. 

Texte : Catherine Cormier Larose

Mathieu K. Blais, Tabloïd, Le Quartanier, 2015

Mathieu K. Blais performera lors du gala de l'Académie de la vie littéraire qui aura lieu dans trois jours: https://fr-ca.facebook.com/events/566267146872859/

mercredi 9 mars 2016

Laurence Veilleux, Alexandre Robichaud et Guillaume Dufour Morin, La Balconnière

Collectif de microédition rimouskois, la Balconnière oscille entre ce désir littéraire et humain de laisser des traces, et cette attitude très dada de tout détruire. En effet, Laurence Lola Veilleux, Guillaume Dufour Morin et Alexandre Robichaud lancent des zines comme des bouteilles à la mer, avec des messages décodables ou non, attrappés par les gens présents à leurs happenings littéraires. Le "Manifeste Peanut" (accompagné d'un sachet d'arachides), la collection "Polka Dot" (des fanzines dans des napkins volées), les fausses élections au Musée régional de Rimouski ou cet énigmatique "Carnet du secret de la propriété privée" recueilli et relié au Salon du livre de Rimouski sont tout autant de projets éphémères, pour la plupart devenus introuvables, qui colorent et brassent avec ludisme et critique les scènes littéraires et artistiques de Rimouski.

Texte: Catherine Cormier-Larose

Site de La Balconnière

Lien vers le gala de l'Académie de la vie littéraire: https://fr-ca.facebook.com/events/566267146872859/

mardi 8 mars 2016

Sara Sutterlin, I Wanted To Be The Knife

Le nom de Sara Sutterlin a beaucoup circulé sur les médias sociaux et dans le milieu de la alt-lit, surtout pour son fabuleux Baveuse paru chez Electric Cereal à Los Angeles. Mais I Wanted to Be The Knife, paru chez le petit éditeur montréalais Metatron, relève lui aussi de manière fantastique ce défi de se maintenir dans un romantisme brutal qui ne tombe pas dans la quétainerie. Sutterlin est une de ces filles-filles dont la poésie parle à tout le monde, portant son écriture comme un couteau entre les dents, de celles clairement prêtes à sauver le monde.

Texte: Catherine Cormier-Larose

Sara Sutterlin, I Wanted To Be The Knife, Metatron, 2015
 
5 jours et c'est le gala https://fr-ca.facebook.com/events/566267146872859/

lundi 7 mars 2016

Collectif, Y paraît, textes rassemblés par Jocelyn Lebeau

Nous avons tendance à donner des prix à des auteurs qui font apparaître quelque chose sur la scène littéraire. Mais Y paraît fait peut-être le contraire, préparer une génération, la "Y", à laisser aller ses repères, les référents culturels qui l'ont fédérée. Watatatow, Musique plus, les jeux vidéos des années 90 ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais ils indiqueront bientôt le veillissement plutôt que l'enthousiasme d'être ensemble et de revendiquer collectivement sa place dans le monde. Y paraît raconte cette dernière fête avant la dissolution du collectif. Quelque chose de cette fragilité trouve un écho dans l'objet lui-même, un recueil relié à la main, comme pour combattre l'éphémère d'un spectacle joué une seule fois à l'été 2015.

Collectif, Y paraît, textes rassemblés par Jocelyn Lebeau, Possibles, 2015

Jocelyn Lebeau performera un extrait de la pièce lors du gala de l'Académie de la vie littéraire: https://fr-ca.facebook.com/events/566267146872859/

dimanche 6 mars 2016

Melissa Bull, Rue

Melissa Bull, c’est une nouvelle voix forte dans le paysage poétique montréalais anglophone. Avec Rue elle poétise une ville à cheval entre le parfum du reste de moutarde sur le comptoir et celui des relations complexes entre les gens qu'elle tente de décrypter comme d'autres feraient un sauvetage. Le francophone ne voit pas immédiatement que rue veut dire chagrin, et l'anglophone, lui, ne capte pas la référence urbaine. Et pourtant nous grandissons les uns et les autres dans le même univers doux-amer de ce Montréal que chacun porte à l'intérieur de soi. On aimerait que Bull soit une de ces voix qui participeront à ce rapprochement tant attendu et nécessaire de nos deux solitudes.

 Texte : Catherine Cormier-Larose

Melissa Bull, Rue, Anvil Press, 2015

Melissa Bull lira lors du gala du 13 mars: https://fr-ca.facebook.com/events/566267146872859/

samedi 5 mars 2016

Stéfanie Requin Tremblay, Hygiène

Il y a quelque chose dans l'esthétique «dentelle et trash» de Stéfanie Requin Tremblay qui nous a toujours interpellés. Avec la sortie d'Hygiène cette année, ce livre-collage-poème aux allures de photo-roman, la culture pop est remise à sa place sous l'éclairage cru et cynique qu'elle mérite. Au fil des pages, les portraits de stars trafiqués et les poèmes ressassant le détail d'une surconsommation autant matérielle qu'émotionnelle nous rappellent brutalement comment cette société est pleine de contradictions. Mais Hygiène n'a pas la violence démagogiques des reportages alarmistes, la douceur mêlée aux images éloquentes de Stéfanie Requin Tremblay frappe avec justesse les nerfs et élève l'art du collage.

Texte: Catherine Cormier-Larose

Stéfanie Requin Tremblay, Hygiène, zine, 2015

Le gala est dans une semaine et un jour: https://fr-ca.facebook.com/events/566267146872859/

jeudi 3 mars 2016

Revue Boulette

« On est Rimbaud à dix-huit ans, on ne peut pas être un essayiste à dix-huit ans ». L'effet castrant de cette formule d'André Belleau a fait un tort terrible à la pensée québécoise, l'a cantonnée dans une gravité et un sérieux qui depuis trop longtemps n'a servi que les émules de Jean Larose. Les essais, critiques, pastiches de dissertation et pamphlets qu'on publie chez Boulette cherchent à briser cette tendance conservatrice et pompeuse. On se permet l'enthousiasme, l'irruption du bizarre, de dire des choses intelligentes à propos d'objets niaiseux et inversement. En brisant l'essai, Boulette pourrait bien contribuer à faire enfin apparaître ici cette chose qui n'a pas encore de nom, mais qu'on appelle Creative Non Fiction aux États-Unis.

http://revueboulette.com/

Lien Facebook pour le gala du 13 mars.