passez faire un tour à la boutique: doctorak.co

lundi 5 mars 2018

Sara Hébert, Salade de truie

Au fil des zines qu'elle publie depuis quelques années, Sara Hébert semble avoir réussi l'impensable: créer un humour qui fait tenir ensemble féminisme, trash et sensibilité. Le truie de Salade de truie, c'est cette femme "un peu coucoune" victime des comédies romantiques et des stéréotypes publicitaires, qui "mange ses émotions" et a "peur d'être laide ou de puer". Mais elle n'est pas une victime désolante pour autant: elle représente plutôt toutes celles que la vie pousse inéluctablement vers la critique féministe, vers le renversement des valeurs patriarcales. Ce renversement critique est aussi au coeur du travail iconographique de Sara Hébert. Ses images, elle les trouve dans les magazines des années 60, 70, 80, et les textes qu'elle leur superpose déplace le décalage historique. Car c'est à l'intérieur de nous plus que dans les vieux magazines que ces images existent, nous sommes tous à divers degrés pollués de lave-vaisselles neufs sur papier glacé et de moustaches de soupers aux chandelles et seul le rire peut-être peut arriver à sortir les vidanges. Critique sans être sentencieux, trash sans être méprisant, touchant: l'équilibre est tellement fragile et si rare qu'il provoque une sorte d'enthousiasme et d'euphorie spontanés.

Sara Hébert, Salade de truie, zine, 2017

Le gala a lieu dimanche le 18 mars à la Sala Rossa

dimanche 4 mars 2018

Laurence Brunelle-Côté et Chloé Surprenant

La nuit semble être tombée sur les représentations positives du désir et du plaisir sexuel, grugées par les rapports de pouvoir, les marques de la violence et leur dénonciation. Certains pourraient penser que «le party est fini» mais en fait c'est bien pire que cela: il n'y a, en réalité, jamais eu de party. Pas encore mort apparaît dans ce contexte comme un diamant noir. Le désir féminin y est cru et sauvage, violent mais souverain. La poésie de Laurence Brunelle-Côté se réapproprie les codes masculins du romantisme bucolique qui projette le sujet sur le paysage. Elle fait mine de cannibaliser tout le territoire dans la pulsion dévorante de son sexe, mais ce n'est que pour révéler à quel point il est en ruines, fait de routes jonchées d'animaux morts parcourues à 150 dans « le noir des corbeaux ». Les voitures sont des carcasses de rouille et de corps trempés de cyprine. Au fil des pages, le texte se renverse à l'horizontale puis revient à la verticale comme si la lecture elle-même était emportée en tonneaux dans le fossé. Ces paysages noirs, sales et flous, Chloé Surprenant les représente en photos et en textures. Et tout au long du recueil, d'innombrables pylônes, poteaux et fils électriques rayant les arbres de lignes noires. Cet imaginaire obsédant prend son sens au dernier vers du recueil seulement, révélant qu'au final, on ne part jamais complètement, on reste "scotchée là, comme coincée entre les rayures".

Laurence Brunelle-Côté et Chloé Surprenant, Pas encore mort, Rodrigol, 2017 

Le gala a lieu dimanche le 18 mars à la Sala Rossa

samedi 3 mars 2018

Stéphanie St-Jean Aubre et Mathieu Renaud, Sans titre (1)

Le zine se présente sous la forme d'un dossier de classeur modèle réduit qui possède même son petit séparateur. À l'intérieur du dossier, quatre feuilles lignées arrachées d'un cahier à anneaux sur lesquelles sont imprimés d'un côté des poèmes et de l'autre, des dessins. Les poèmes parlent d'une manière crue de violence sexuelle et de leur après-coup. Un des textes a été écrit par Mathieu Renaud, figure importante de l'underground littéraire, mais aucune indication ne permet une attribution claire. Tout le dispositif esthétique, à l'exécution impeccable, que Stéphanie St-Jean Aubre a mis en place pour entourer ces textes, les codes visuels de l'archive judiciaire comme la frange déchirée des pages de cahier, protège parfaitement l'intime qu'ils mettent en scène et contribuent à en dévoiler la fragilité. La collaboration avec Renaud contribue elle aussi à brouiller l'identification des auteurs aux textes. À comparer les feuillets, on arrive à réattribuer l'auteur de chaque texte, mais le zine-objet maintient la réserve. Cet équilibre entre pudeur et dévoilement est au coeur de l'esthétique intimiste actuelle en poésie, mais la presque totalité des poètes de ce mouvement éprouvent une réelle difficulté à la maîtriser. Le dispositif imprimé de St-Jean Aubre propose quant à lui une solution cohérente.

Stéphanie St-Jean Aubre et Mathieu Renaud, Sans titre (1), zine, L'ensemble vide, 2017

Le gala a lieu dimanche le 18 mars à la Sala Rossa

vendredi 2 mars 2018

Carl Bessette, Cœur ouvert

En septembre 2017, pendant neuf jours et huit nuits, des centaines de lecteurs de poésie se sont succédés sans interruption au micro installé sur la petite scène du bar le Sporting Club qu'une webcam relayait en streaming. Carl Bessette avait annoncé partout que son intention était de battre un record mondial, mais Cœur ouvert avait une autre ambition : tester la solidarité de la scène poétique québécoise, verifier discrètement si elle avait les reins assez solides pour faire se déplacer lecteurs et public à 5 heures du matin un mardi, à 10h un jeudi, à 19h un dimanche après 216 heures de spectacle. Le rendez-vous s'est produit, des moments fulgurants ont eu lieu en pleine nuit, parfois pour à peine trois spectacteurs, des poètes ont lu pour la toute première fois, le chatroom s'est animé d'échanges entre auditeurs de Rimouski, Joliette, Sherbrooke. Le pari était risqué mais la scène poétique a été solidaire derrière les paravents de la tentative, ratée finalement, de record mondial. Mais peu importe vraiment, car rien n'est plus fort qu'une splendeur que voile pudiquement un échec apparent.

Carl Bessette, Cœur ouvert, Production de Richelieu Médias, en collaboration avec le FIL et le Sporting Club, 2017

Le gala a lieu dimanche le 18 mars à la Sala Rossa

jeudi 1 mars 2018

Timothée-William Lapointe, Lectures publiques 2017

Les textes qu'il a lus en public tout au long de 2017, il les a écrits à la main sur des petits bouts de papier collés sur des tranches de fromage emballées individuellement. Il les lançait ensuite dans la salle, au plus grand amusement du public. On a dit de ses performances qu'elles appartenaient à l'humour sans toutefois lui dénier son appartenance à la scène poétique. Mais le travail de Timothée William Lapointe relève autant d'un genre qui n'a peut-être jamais trouvé sa place jusqu'ici sur les scènes de lectures publiques de poésie : l'aphorisme. Jusqu'à maintenant, la littérature québécoise n'a pas été riche en aphoristes. Peut-être en partie parce que la forme de l'aphorisme s'est construite en Europe autour du paradoxe, de l'aporie, de cette liberté qui, historiquement, se trouve là-bas dans et par la pensée. Et s'il arrivait que nous, ici, trouvions notre liberté dans la poésie? C'est debout en équilibre sur des images plutôt que sur des idées que Lapointe lance ses tranches de fromage dans le vide d'un indéterminé littéraire sans que personne sache trop où elles peuvent bien atterrir.

Le gala a lieu dimanche le 18 mars à la Sala Rossa

Gala 2018 de l'Académie de la vie littéraire

Nous sommes de retour pour une dixième année de liste de prix, une neuvième année de gala, une huitième année de cartes d'auteur. Depuis tout ce temps, nous n'avons pas l'impression d'avoir beaucoup bougé, mais la littérature québécoise elle a fait un chemin qui nous étonne. Plusieurs des auteurs que nous avons récompensé au départ ont fait leur chemin, il y en a maintenant à Radio-Canada, au Devoir, à la tête de revues littéraires importantes. Ils nous devancent parfois dans leurs découvertes et ça nous amuse, même si on sent que tout n'est pas gagné. Si l'image de la littérature et du travail littéraire à laquelle nous croyons toujours semble avoir fait du chemin vers le plein jour, on sent bien que ça pourrait ne pas durer. Alors nous allons continuer comme nous l'avons fait jusqu'ici. Nous commes en réunion d'Académie de la vie littéraire comme deux rameurs. Notre embarcation file droit uniquement parce que nous travaillons ensemble. Parfois Catherine a des intuitions terriblement justes, d'autres fois c'est moi; parfois Catherine est complètement dans le champ avec ses propositions d'auteurs à qui donner des prix, d'autres fois je me retrouve gêné un ou deux ans après d'avoir considéré un tel ou un autre. On ne sait pas toujours ce qu'on fait, mais on avance bien.
Cette année le gala tombe dimanche le 18 mars. Nous avons une liste dont nous sommes particulièrement fiers. Nous allons dès aujourd'hui annoncer un gagnant par jour

Gala de l'Académie de la vie littéraire
dimanche 18 mars 2018, 19h
La Sala Rossa
4848 boul. Saint-Laurent, Montréal H2T 1R5

lundi 27 novembre 2017

Doctorak co. saison 2017-2018

Hola hola! Quoi de mieux qu'une nouvelle saison de produits dérivés littéraires Doctorak co. pour retrouver le goût de vivre et d'afficher publiquement qu'on est des geeks raffinés et cultivés!
Cette saison, je me suis donné en... en sale. Oui.


Il y a d'abord le t-shirt Bourdieu te voit. Lorsque j'ai lancé le macaron l'an dernier, je n'avais aucune idée du raz-de-marée qui m'attendait. J'en ai vendu en... en sale. Oui. Alors j'ai adapté le macaron en t-shirt en espérant que le gros oeil qui juge de la sociologie tragique de Bourdieu fasse son chemin jusqu'en Australie et en Ukraine, où j'ai déjà posté des commandes. Faire rayonner la culture!

Fuck certaines choses. Je me suis dit que la génération "Fuck toute" devait commencer à vieillir et mettre de l'eau dans son vin. Laissez-moi être votre eau, laissez-moi vous accompagner sur cette fine ligne entre l'amertume et la sagesse.

Je suis une fille aigre mais j'ai de beaux chats. Celui est pour toutes les Anne Hébert milléniales, les Millénianne Hébert qui s'aigrissent au lieu de maigrir et qui, à défaut de reliquaires pleins d'os polis, soignent chez elles les plus beaux chats du monde. L'imprimé est en beau petit feutre douillet comme le duvet sur le menton d'un chat. Il est aussi offert en tailles pour hommes parce que je sais que plein d'hommes ont des Anne Hébert secrètes à l'intérieur.


En souvenir des années 2000. Un t-shirt personnalisé qui vous permet d'écrire le nom que vous souhaitez en brillants roses! Il faut voir ce t-shirt dans la réalité pour prendre sa mesure. Les brillants roses resplendissent sur les fioritures en vinyle noir sur t-shirt noir. Comme une version geek excessive de l'esthétique des t-shirts de banlieue du début des années 2000. Pour quand la mélancolie du vedgeage au centre d'achat te prend.

Bingo de colloque. Nous avons déliré en... en sale, oui, François Rioux et moi, lors d'un "vin de l'amitié" post-colloque, et avons conçu ce bingo contenant le nécessaire pour divertir l'auditeur dissipé. Soixante-trois items originaux ont été répartis au hasard sur 10 cartes différentes, ce qui permet de jouer pour vrai avec dix de tes amis. Chaque boîtier contient cinquante cartes, soit juste assez pour une grosse année d'ACFAS.


J'offre aussi à partir de cette année des sacs fourre-tout! En fait ils sont pas énormes (37cm par 37 cm), ce qui fait qu'on pourrait aussi bien les appeler des sacs fourre-certaines-choses.

En plus de modèles qui ont fait leur chemin dans l'imaginaire collectif grâce aux t-shirts, j'ai aussi travaillé à un petit projet d'hommage à Félix Vallotton,un artiste du tournant du vingtième siècle que j'ai découvert par l'entremise du tampographe Sardon. L'approche de la gravure de Vallotton est toute en aplats, sans hachures, ce qui donne une esthétique intensément contrastée.

Cette eshtétique se prête merveilleusement bien à la technique du vinyle appliqué sur t-shirt qui est la mienne, c'est entre autres la raison pour laquelle j'ai voulu faire des genres d'actualisations de deux xylographies de Vallotton: "la paresse", transformée en "le réseau social" et "le violon" qui s'appelle maintenant "la console". L'un et l'autre sont aussi offerts en t-shirt, oui, en t-shirt (je répète parce qu'y a pas moyen de faire un lien html d'un mot vers deux pages).

Pour finir, deux nouveaux macarons font leur apparition, Fuck le tact et Fuck certaines choses.

Ah une dernière chose. Toute cette saison de doctorak co. a été pour la première fois entièrement conçue et préparée sur des logiciels open source dans un système open source. Gimp et Inkscape plutôt que Photoshop et Illustrator, LibreOffice Calc plutôt qu'Excel, Linux plutôt que Windows ou Mac. C'est une question de réappropriation des moyens de productions mais aussi de rentabilité.

Si vous voulez recevoir vos commandes avant le 24 décembre, il est préférable de commander avant le 15. J'ai aussi placé quelques exemplaires d'un peu tout à la librairie Le Port de tête qui tient cette année son premier marché de Noël.