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jeudi 28 octobre 2010

Blanchot devant 4chan


Nous sommes, par un mouvement trop fort, attirés en un espace où la vérité manque, où les limites ont disparu, où nous sommes livrés à la démesure, et c'est là pour­tant qu'il nous est imposé de maintenir une démarche juste, de ne pas perdre la mesure et de chercher une parole vraie en allant au fond de l'erreur.

Maurice Blanchot, L'espace littéraire. Il parle de la Lettre de Lord Chandos de Hoffmanstahl, mais ce qu'il dit s'applique étrangement à l'expérience intime et profonde qui se trouve aujourd'hui derrière toute activité en ligne. Internet est, tout comme l'écriture, un espace dont le fondement est le désoeuvrement complet, la dissociation de soi et la plongée dans le vide de l'absurde. Nous sommes en tout temps à quelques clics des pires horreurs, comme nous pouvons nous abîmer dans une temporalité où notre existence comme notre identité disparaît. Nous devenons anonymes et nous rendons peu à peu disponibles à nos pulsions les plus destructrices, haine, mépris, débauche. Et c'est au plus près de cette déstructuration qu'émergent
Blanchot a affronté cette démesure, la démesure de la communication dans les années 30, alors qu'il publiait des articles polémiques dans les journaux d'extrême-droite français. Puis il a rencontré Bataille, ce bibliothécaire fasciné par la violence rituelles, les démembrements, les énucléations, et pourtant dénué de tout cynisme et de tout mépris.
Combien de Blanchot cherchent en ce moment leur Bataille sur les pires forums en ligne?

3 commentaires:

É. a dit…

Sans vouloir faire un scandale… Ces garçons auraient vraiment eu avantage à faire un peu de sport.

Doctorak, go! a dit…

Ah mais pour ton information, Blanchot a été le champion de France du 100 mètres pendant la deuxième moitié des années 30. Il avait été sélectionné sur l'équipe olympique pour les jeux de 1940, malheureusement annulés. Son meilleur temps à vie: 14,83, ce qui représente un exploit pour l'époque, mais malheureusement non homologué puisqu'aucun officiel n'était sur place, sinon Emmanuel Lévinas qui le relate dans son monumental "Temps mesuré, temps vécu: pour une phénoménologie du sprint". La célèbre photo de Blanchot et Lévinas a d'ailleurs été prise la journée où il a battu ce record: http://media.lesinrocks.com/uploads/tx_inrocksttnews/blanchot_y_levinas.jpg

Bataille quant à lui a représenté la Bibliothèque nationale de France aux Grands Jeux interbibliothèques d'Europe, il était discobole, médaillé à 5 reprises entre les années 1928 et 1939. Elles sont exposées au Département des médailles de la Bibliothèque nationale de France où travaillait incidemment Bataille.

Ces détails sont peu connus du grand public, c'est dommage car ils permettent d'éclairer certains des détails les plus abscons de la philosophie de l'un et de l'autre.

É. a dit…

Moui, tout ça est bien connu, mais quand je parle de sport, évidemment, je parle de sport. Les vrais sports sont selon moi ceux qui, inaccessibles aux masses prolétaires, offrent quand même la mort en guise de balise. Certaines rares épreuves de glisse, tels que le bob-à-quatre avec tireur embusqué, l'aikijujitsu-sur-glace, le hockey-sous-terrain et le fragball peuvent convenir, en particulier dans le cas des jeunes bourges suréduqués qui s'emmerdent dans les cafés parisiens et dont la colonne vertébrale a été esquintée à force de traîner des sacs cools bourrés de briques de Kant et Hegel, ce qui a eu pour conséquence le développement d'un syndrome de Cioran, ce fameux mélange d'envie maladive de réfléchir doublé d'une irrigation insuffisante des membranes principales des lobes majeurs du clafoutis chauffant.