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lundi 9 mars 2009

Dialogue sur l’anomie et l’aliénation

L’argent du lunch.
– J'ai une collègue de travail qui a vu les photos de ma fête aux Gates of Hell, la place où les groupes de punk ont joué gratuit pour ma fête vendredi passé. Elle, c'est plus à l’Opera qu’elle va, le bar de pitounes pis de ginos sur Sainte-Catherine.
– Ouin, c'est là que les joueurs du Canadiens sortent à ce qu’il paraît.
– Elle a dit que ça lui tenterait d’essayer ça, les Gates. Moi je lui ai dit qu’en échange je pourrais aller à l’Opera. Ça serait drôle, comme une expérience ethnologique.
– En tout cas, vas-y accompagnée parce que ton expérience anthropologique, tu risques de la vivre de proche. Ça cruise à la planche là-bas.
– Je pense pas que ça m’arrive, je vais m’habiller le plus punk destroy possible.
– Tu vas te faire écoeurer pareil. Tu sais comment ils sont : ils vont te prendre pour une pute ou une fille facile, il vont penser qu'ils vont bien t'impressionner avec leur beau linge pis que comme t'ais l'air d'une classe sociale inférieure, ils vont pouvoir te fourrer sans lendemain. Moi la seule fois où je suis allé dans une place comme ça, je me suis fait baver par ce genre de colons là. Ils se donnaient des élans pis ils me rentraient dedans à répétition en faisant comme si c'était un accident à chaque fois. Juste parce que j'étais petit, pis pas habillé chic. Je me sentais comme si on voulait me voler mon lunch dans la cour d’école à 25 ans. C'était une calice de bonne idée d’embarquer avec le party de littérature avec la faculté de droit.

*

Les invincibles.
– Ce que y est navrant, c'est que ce monde-là se trouve full marginaux de sortir toutes les fins de semaines se péter la gueule à la Budweiser et qui se retrouvent dix ans après pognés tous les samedi soir à la maison avec leur blonde qu'ils comprennent pas à écouter les Invincibles en dvd parce qu’ils sont carrément les deux pieds dans la guégerre des gars contre les filles en se disant que le temps où ils sortaient c'était les plus belles années de leur vie et que de toute manière le monde qui sortent dans les bars c'est des petits jeunes qui ont même pas le nombril sec pis qui savent pas boire pis dans le temps la musique ça voulait dire quelque chose pis astheure le monde ils écoutent de la marde pis chut les Invincibles vont recommencer. Et puis de l’autre côté, chez les anticonformistes, t’as les hardcore straight edge super moralisateurs qui te font chier avec le mariage pis prends pas d’alcool pis qui sortent juste dans les bars pour se battre.
– Mets-en. Mais les punks straight edge, ils font pas chier eux-autres.

*

Durkheim entre, puis ressort.
– Il y a un concept de Durkheim qui essaie de décrire la marginalité. Ça s’appelle… Merde… Attends un peu, je vais tchecker sur Wikipedia… Ah! C'est l’anomie. Il l’oppose à l’aliénation. C'est dans son livre sur le suicide. J’étais assez content de tomber là-dessus l’automne passé… Attends, je vais te lire… Fuck, c'est pas ça pantoute. Rhaaa, c'était où cette idée-là... Ah, c'est là, c'est dans un livre de communications par un Anglais qui s'appelle Richard Dyer:
The anomic type is the one that does not fit in with the prevailing norms and is outside society in general, the alienated one is alienated by prevailing norms and is therefore outside ruling groups in society.
Voilà, pour Dyer, être aliéné, c'est te retrouver inévitablement dans une situation de marginalité. C'est comme les schizophrène ou certains immigrants, ils vivent dans un monde où tout est difficile parce qu’ils sont mésadaptés aux codes sociaux. Ils se retrouvent marginalisés malgré eux. Être dans l’anomie c'est différent. Tu comprends les codes sociaux, tu les connais mais tu te retrouves à l’extérieur, par choix ou par opposition.
– C'est comme dans le milieu punk. Ils cultivent leur marginalité… Mais en même temps les punks qui vivent dans la rue il y en a qui ont tout le temps des problèmes avec la police ou avec tout le monde pis ils font rien pour ça.
– C'est tout à fait juste. C'est ce qui est intéressant avec le milieu punk, ils sont toujours entre l’anomie et l’aliénation. Ils sont marginalisés malgré eux par la police en même temps qu’ils cherchent des signes de la marginalité… Mais les ginos dans les bars de pouf, ils passent aussi leurs fins de semaine à s’imaginer une marginalité par rapport aux banlieusards plus straight qu’eux autres. Mais ils fantasment des modèles de marginalité complètement dépassés. C'est comme des rock stars poches : ça trippe sur le hockey, ça fume son joint de pot…
– Pis ça tchecke les salopes! Hein! T’sais, comme dans la toune de Mononc’Serge!
– Hé, dans les faits c'est les ginos les vrais marginaux. Une fois par semaine ils délaissent complètement de vue les saines valeurs de la société pour un individualisme violent et anarchique. Et on attend vivement leur suicide. Les punks sont des idéalistes déçus.

*

L’étranger.
– Mais si l’anomie c'est pour les gens de l’intérieur de la société, l’aliénation c'est seulement pour les étrangers?
– Les aliénés en proviennent peut-être, mais ils deviennent étrangers à leur société.
– C'est comme L’Étranger de Camus, il est vraiment plus aliéné qu’anomique. Tout ce qu’il fait, c'est se retrouver malgré lui dans des situations qu’il comprend pas.
– Ayoye. Bravo, c'est complètement ça. [Là, j'ai pris ma voix d’instituteur français] C'est très bien mon petit. Tout le monde vous devriez prendre exemple sur votre petite camarade Rosemarie.
Elle s’écroule dans le lit en criant de joie et en applaudissant.
– Hein? Tu sais? Comme au primaire pis au secondaire!
– Ouin, à l’université ça aurait pas passé.
– La dernière fois que ça m’est arrivé, c'est en secondaire 5. Le prof de maths avait arrêté le cours pour dire qu’un élève avait réussi à résoudre un exercice en passant par un autre chemin qu’avec les formules qu’on devait utiliser. Il m’avait pas nommé, mais il a raconté l’anecdote à mes parents quand ils sont allés à la rencontre des professeurs. C'est ma mère qui m’a rappelé ça, moi j’avais complètement oublié.

*

Nos deux amis on bien fait de changer de sujet, parce que leur concept
d'anomie était vraiment en train de déraper car, comme chacun sait, il ne peut y avoir d'opposition durable entre anomie et aliénation. Ça leur apprendra à piger la matière de leurs discussions dans les livres de communication.

4 commentaires:

S.ébastien a dit…

Coudonc... Mon GeminiCricket perso me rappeleait que j'oubliais une date importante récemment, ET QUELLE DATE! Pff j'ai honte... ; (

Bonne Fête Mathieu! Je te dénicherai bien une autre jarre à biscuit .. ehehe

S.ébastien a dit…

D'ailleurs, je suis à me ratrapper et lire tes récents articles dans Spirale!

Doctorak, go! a dit…

Non, c'était la fête de rosemarie, et le texte a été écrit à la mi-janvier...
Pour ma fête, je retranscrirai un dialogue sur weber.

S.ébastien a dit…

C'est ce que je me disais 2 minutes plus tard...consultant sans succès mon Carnet d'Anniversaire! Un client a donné ça à Véro, il fallait bien s'en servir...ehe