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lundi 11 mars 2013

Julie Doucet, 99-Plus Suicide Projects


Julie Doucet a déjà été une figure mondiale de la bédé underground. Puis elle a décidé de quitter l'intimisme trash qui caractérisait Dirty Plotte. Elle avait ses raisons. Sa pratique est maintenant complètement à l'opposé. Il n'y a plus de dessins, plus de récit, plus de quotidien, plus de marque subjective. Seulement des poèmes parfois énigmatiques, à l’humour souvent très noir, faits par collages de mots découpés dans des magazines d'une autre époque. Comme d’étranges lettres de rançon. Comment survivre au trash, à l'autobiographie? Des dizaines de poètes et de bédéistes se poseront tôt ou tard cette question lorsque la lassitude aura fini de précipiter la manière dans le cliché. En se réinventant ainsi, Julie Doucet apporte sa réponse et ouvre peut-être encore une fois la voie.

Julie Doucet, 99-Plus Suicide Projects, Mille Putois, 2012.

Jean-Philippe Martel, Contributions à Littéraires après tout

Malgré ce qu'on pourrait croire, la liberté d'expression n’est jamais assurée. Bien sûr, nous avons aboli la censure bourgeoise effrayée par le sexe, la profanation des tabous et la dépravation, mais vaincre l’autocensure et nommer les gens réels dans un milieu aussi restreint que celui du monde littéraire québécois, les mettre en scène, les parodier, demande un certain courage, une certaine insouciance que peu d'écrivains ont eu jusqu'à maintenant. Jean-Philippe Martel ne rate pas les vedettes littéraires des grands comme des petits médias, et les jours où les textes paraissent en ligne, on croit même parfois entendre en temps réel les grincements de dents de tant d'auteurs susceptibles. Un réel plaisir qui démontre hors de tout doute qu'il y a bel et bien aujourd'hui une vie littéraire et qu'elle est assez solide pour savoir donner assez de liberté à ceux qui lui permettent de rire d'elle-même.
Jean-Philippe Martel, Contributions à Littéraires après tout.

dimanche 10 mars 2013

Fabien Cloutier, Sacrifice

En tant que portrait de groupe, Sacrifice rappelle l'amalgame cher à Michel Tremblay des mythes grecs et du petit peuple. Ce sont ici les Ménades déchiquetant Orphée qui sont évoquées par ce public anonyme et sinistre des radios poubelles qui descend dans la rue pour lyncher les joueurs du Canadien après une défaite de trop. L'intrigue peut paraître anecdotique et légère, mais la langue violente et vulgaire que Cloutier invente et déploie nous met en contact avec cette partie sombre de l'identité québécoise que nous préférerions ignorer, cette tentation honteuse de l'extrême droite et du totalitarisme qui reparaissait partout au printemps 2012. Au moment de cette crise politique, l'humour profanatoire de la pièce donnait alors au public le minuscule décalage qui rendait supportable cette confrontation pourtant nécessaire.

Fabien Cloutier, Sacrifice, Le Monstre sacré, Zoofest et Québec, 2012.

Photo: Simon Douville

vendredi 8 mars 2013

Maude Veilleux et Guillaume Adjutor Provost, Automne ton cul


Un fanzine de poésie a besoin de peu de choses pour être réussi. Il n'est pas obligé d'être long, pas obligé d'avoir une mise en page impeccable ou d'être un chef-d'oeuvre d'impression. Mais il doit être cohérent, faire émerger un rapport au monde. Comme une sorte de bravade lancée à la face de toutes les publications soignées, à tous ces poètes à l'écriture inutilement ornée ou à l'imaginaire désincarné, Automne ton cul plonge à l'essentiel en décontextualisant des extraits de journal intime d'une adolescente et accède sans difficulté à une sorte de fantaisie crue et légère. Comme flotter à quelques centimètres à peine au-dessus d'un monde sec et violent. 

Maude Veilleux et Guillaume Adjutor Provost, Automne ton cul, C'est beau escabeau, 2012.

mercredi 6 mars 2013

Sébastien B Gagnon, Disgust and revolt poems mostly written in english by an indépendantiste


Il y a quelque chose de rudimentaire, de presque chambranlant même dans la syntaxe anglaise de Sébastien B Gagnon. Cette langue est simple mais elle n'est ni naïve ni fragile, car elle revendique dans la langue du pouvoir le droit d'exister non seulement de ceux qui parlent français mais toutes les autres langues. Ce petit recueil qui emprunte son format au passeport canadien n'est pas que poésie indignée. Il nous ramène à l'essentiel, à cette envie primale de déclamation poétique. On imagine Seb nous le chuchoter aux oreilles puis nous amener au Belvédère du Mont-Royal pour que même le plus rustique des moustiques soit au courant de la révolution qui se trame.
(texte: Mathieu A. et Vickie G.)

Sébastien B Gagnon, Disgust and revolt poems mostly written in english by an indépendantiste, Rodrigol, 2012.

lundi 4 mars 2013

Shawn Cotton, Les armes à penser

À 17 ans, Shawn Cotton évoquait de manière troublante Rimbaud, précoce et génial dans les pages du fanzine Steak haché que dirigeait Denis Vanier. Quelques années plus tard, Rimbaud est toujours là dans les textes des Armes à penser, avec Ginsberg et Kerouac. Sans parodie, sans simulacre, sans pastiche, les poètes du dérèglement de tous les sens se tiennent debout dans notre époque grâce à cette exigence commune que Cotton entretient à l'égard de la poésie, dans ses textes comme partout ailleurs dans son existence.

Shawn Cotton, Les armes à penser, L'Oie de Cravan, 2012.

(Merci à Pierre du Marché aux puces St-Michel pour le décor.)

samedi 2 mars 2013

Le gala de l'Académie de la vie littéraire au tournant du 21e siècle s'en vient


Tout est en place pour le 4e gala de l'Académie de la vie littéraire. Les lauréats apparaîtront sous peu ici. D'ordinaire j'aime bien faire ma petite farce de pourquoi j'aurai pas de prix cette année, je fais une petite mise en scène de discussions imaginaires entre Catherine, Vickie et moi. Mais ce ne fut pas une année facile. La maladie de Vickie nous a terriblement affectés. Nous avons cependant tenu le coup. C'est, il me semble, la seule chose qui vaut la peine d'être dite.

Mais nous avons laissé de côté notre souffrance et notre tristesse, et nous avons comme à chaque année sacrifié nos projets personnels pour ce gala et ces cartes que nous devons financer de notre poche. On est cons comme ça. Pourquoi? Plus que jamais nous sentons que les autres prix, les prix de poésie en particulier, passent à côté de notre époque. Ces auteurs que nous récompensons, qui publient dans les petites maisons d'édition ou qui s'éditent eux-mêmes dans des fanzines ou sur les blogues, ces auteurs font paraître non seulement des oeuvres d'une qualité incomparable, mais beaucoup d'entre eux réalisent présentement une chose qu'on considère souvent impensable en littérature québécoise : ils sont lus et pas seulement par leurs amis et leurs collègues. Ils prennent les influences de leurs contemporains et en marquent d'autres à leur tour. Cest ça la vie littéraire. Et notre pauvre littérature connaît plus le vide que la vie. C'est la raison pour laquelle il faut tout faire pour la saisir quand elle se manifeste et en profiter le plus possible. Car elle est souvent trop courte.

Huh. J'ai l'air emo là, mais on va quand même avoir le gros fonne de la vie au gala. Pour fourrer la mort.

Page Facebook de l'événement: https://www.facebook.com/events/146176785542960/

Détails du gala
Dimanche, 17 mars 2013
Club Lambi 4465 St-Laurent (coin Mont-Royal)
Porte: 19h
Gala: 20h
Prix: 5$
Accompagnement musical: Propofol 2/3
DJ: Annie Q